Rhoonnnn !
Fbblblbllbl…
- Euh…RHOOOONNNNN !
Fblblblblbl…
- Mon Père ?Rhoooonnnn !
Fblblblbl….
- MON PERE ?
- Hein ?!... Quoi ?....Poilaupat cligna des yeux et bailla. Il s’était encore endormi. Dieu que ces séances de confessionnal étaient longues ! Le Vicaire en chef avait enfin trouvé une punition qui touchait vraiment le petit moine : Une après-midi à subir ce calvaire arrivait à le faire tenir tranquille au moins trois jours. Autant dire une éternité pour lui.
Cette fois-ci il payait pour une toute petite chanson sur le bon Roy Galoregor qu’il avait improvisée à la taverne. Elle était à peine ironique ! D’ailleurs il était sûr que leur seigneur avait beaucoup d’humour et qu’il l’aurait appréciée.
Malheureusement pour lui, le Vicaire n’avait pas un sens de la dérision très évolué et il trainait souvent à la taverne. Poilaupat s’était pris trois après-midi de confessionnal à écouter la vie inintéressante de vieilles harpies décaties.
Il décroisa ses mains qu’il avait confortablement posées sur son ventre rebondi et s’étira. Bon, où en était-il ? Il se gratta la tête quelques secondes. Ah ! Oui ! La petite greluche et son petit problème de virginité.
- Ah mon père ! J’ai cru que vous vous étiez endormi !
- Mais non ma fille ! J’étais en train de méditer sur vos péchés et de prier pour le salut de votre âme. Votre attitude a gravement offensé notre seigneur mais heureusement pour vous sa miséricorde est grande. Il sait qu’à votre âge votre corps bouillonne… de désirs condamnables. Mais tout de même ma fille ! L’aubergiste à 40 ans de plus que vous… vous ne pouviez pas trouver un peu plus dans vos âges pour votre première fois ?
- Euh…Mais mon père… Vous allez bien ? Ma première quoi ? ! Et pourquoi me parlez-vous de mon mari ?
- Quoi ?! Parce qu’en plus vous êtes mariée ?!
- Mon Père, voyons ! Bien sûr que je suis mariée !Poilaupat fonça les sourcils et jeta un coup d’œil derrière la grille de confessionnal qui le séparait de son interlocutrice.
Oups ! La boulette !
Effectivement, même les yeux encore embrumés de sommeil, pas moyen de se tromper. Ce n’était plus cette jeune fille boutonneuse et en pleurs qui se trouvait de l’autre coté, mais cette vieille bigote de femme d’aubergiste. Une fois de plus il avait frôlé la catastrophe. Heureusement, en plus d’être vieille, méchante et avare elle était complètement stupide. Aucune chance qu’elle ait compris quelque chose à la situation.
Une seconde, le moine fut tenté de lui balancer que son mari se tapait ses jeunes serveuses après leur avoir promis monts et merveilles. Il voyait déjà ses yeux tenter de s’échapper de leur orbite et sa langue pendre hors de sa bouche de façon obscène tandis qu’elle s’étranglait dans une crise d’apoplexie longue et fatale…
Charmante vision ! Il sourit, pesa le pour et le contre, et finalement, il soupira. Si le Vicaire apprenait qu’il avait qu’il avait violé le « sssecret de cccette insssstitution ssssainte et ssssacrée de la confesssssion » (fin de citation, à vos souhaits, désolé pour les postillons), cette fois, il finirait attaché à un poteau en face des portes de Fuisserage.
Il sortit de ses pensées pour se rendre compte que la vieille avait déjà commencé sa cure d’auto-dénonciation sans l’attendre. Elle le faisait avec un plaisir si évident que s’en était presque répugnant. Le moine se demanda si elle ne péchait pas volontairement pour pouvoir aller se confesser après. Probablement une adapte des cordes et du fouet dans l’intimité du foyer.
- …et puis hier, j’ai mangé trois fois de la tarte. Trois fois ! Je mérite sûrement d’être punie pour cet accès de gourmandise, non ? Et puis…
- Euh… oui ma fille. Le Seigneur vous comprend et a entendu vos remords.
- … Mais je n’ai pas terminé de vous raconter les…
- Oui, mais le Tout-Puissant, Lui, le sait… Faites un don pour les pauvres et vous serez pardonnée, fit le Moine d’une voix sentencieuse. (Et Pan ! Dans les dents, vieille radine !)L’autre sortit en claquant la porte, furieuse et frustrée. Non seulement le petit moine lui avait gâché son plaisir mais en plus il la forçait à débourser ses précieuses pièces d’or pour aider quelques va-nu-pieds qui vivaient au crochet de la société. Le rustre ! Il n’était pas près de la revoir.
Poilaupat la regarda partir avec l’agréable sentiment du travail bien fait. Il leva les yeux au ciel.
- Merci Seigneur de m’avoir doté d’un esprit si délicieusement pervers !Comme une réponse venant des hauteurs éthérées à son remerciement, une idée lumineuse lui traversa l’esprit. Un magnifique plan pour donner une leçon à cet aubergiste qui profitait de la naïveté des jeunes serveuses. Il tenta d’évaluer le risque.
- Humm… probablement quatre…ou peut-être cinq. Nom de Dieu ! Ca vaut le coup !Il sourit et sortit du confessionnal, sans prêter attention aux récriminations venant de la file des personnes qui attendaient encore leur tour.
Qu’est-ce que cinq jour de confessionnal face à une si bonne idée de vengeance ?